Guinée : 49 ans après la vague de pendaisons, le cri du cœur des victimes

L’Association des victimes du Camp Boiro (AVCB) a commémoré ce 25 janvier à Conakry, les 49 ans de la vague de pendaisons de plus de 80 personnes par le régime Sékou Touré (premier président de la République de Guinée de 1958 à 1984).

A cette occasion, un dépôt de gerbe de fleur au pont 8 novembre à Conakry, a été effectué par les parents des victimes, qui, n’ont pas manqué de rappeler leur cri du cœur, avant de poursuivre leur activité par une marche jusqu’au tristement célèbre camp Boiro.

Le 25 janvier 1971, les Guinéens se réveillent très tôt le matin dans une stupéfaction. Des hauts cadres, fonctionnaires, militaires, commerçants… sont pendus un peu partout dans le pays. Plus de 80 personnes selon les organisations de défense des droits l’Homme.

Ces personnes sont accusées d’avoir tenté de renverser le régime d’alors, un complot dénommé ‘’5ème colon” par le pouvoir. «Des contre-révolutionnaires, des valets de l’impérialisme et du colonialisme», accusait Sékou Touré.

Ce samedi, 49 ans après cette «purge», habillés en rouge, minus d’une affiche de photos de leurs proches, les parents des victimes marchent du pont 08 novembre (où quatre hauts cadres, à savoir : Barry Ibrahima dit Barry III, leader du mouvement socialiste africain, Baldé Ousmane, ministre des Finances, Gouverneur de la Banque Centrale cosignataire du franc guinéen en 1960 à la création de la monnaie guinéenne, Magassouba Moriba, ministre de l’Education, maire de Kankan et Keita Kara, commissaire de police ont été pendus à l’époque) au camp Boiro.

Dans un discours lu par Dr Fodé Bocar Marega, ancien président de l’AVCB, les parents des victimes du régime Sékou se souviennent encore des traumatismes.

«Il y a 49 ans, le 25 janvier une purge s’abattit sur notre pays perpétrée par Sekou Touré. Des jeunes, des femmes, des députés, des journalistes…nantis, brillants, intellectuels, Hommes politiques, Sékou Touré décida de les éliminer en fomentant un complot contre eux», fulmine Dr Marega au nom des familles des victimes pour qui, à l’époque, Sékou Touré aurait mis en place «un plan diabolique avec le Portugal» pour libérer les prisonniers politiques portugais en Guinée et en retour, avoir l’occasion «d’éliminer dans une purge sans précédente des centaines de Guinéens en les accusant d’appartenir à une prétendue 5ème colonne».

«Les accusés furent arrêtés, conduits dans des camps de la mort et torturé après une diète noir. Les complices de Sekou Touré ont sous la torture obtenue des aveux écrits ou des déclarations enregistrées sur bande magnétique. Le tribunal révolutionnaire a été un outil de destruction des Guinéens», entonne Dr Fodé Bocar Marega

L’ancien président de l’AVCB indique aussi qu’à la mort du père de l’indépendance guinéenne, la Guinée ne possédait pas de cadres formés à l’étranger et que c’est la non-punition de ces actes tragiques qui fait que la Guinée continue de subir les conséquences néfastes de ces crimes aujourd’hui.

«A la mort de Sekou Touré en 1984, il n’y avait plus de cadres formés aux grandes écoles étrangères, plus de commerçants, plus d’Hommes politiques de grande envergure, plus de grands officiers militaires dans le pays. Tout a été broyé. Aujourd’hui encore, on subit les conséquences négatives des actes de Sékou Touré», a-t-il déploré.

Par ailleurs, l’AVCB entend se battre pour la réhabilitation des victimes, l’ouverture des différents charniers à travers le pays, la restitution des biens aux familles encore dans les mains de l’État guinéen, la construction d’une stèle à la mémoire des victimes, la tenue d’une véritable entreprise de réconciliation nationale sur la base de la vérité et de la justice.

«Nous rappelons au président de la République que les crimes commandités par Sekou Touré sont imprescriptibles», martèle Dr Fodé Marega. Présent à cette marche, l’activiste des droits de l’Homme, Mamadou Kaly Diallo a dénoncé l’injustice qui caractérise le pays depuis l’indépendance.

«C’est important pour toute une société qui veut aller de l’avant de situer les responsabilités afin d’aller à une réconciliation nationale. Ça permet aussi de réduire la violence parce qu’au même moment les victimes du camp Boiro réclament que les corps de leurs parents les soit rendus parce que cela n’a pas été puni et après quarante ans, les événements du 28 septembre 2009. Les mêmes crimes se sont perpétrés. Quand les crimes ne sont pas punis, ils se répètent», a-t-il confié.

Sékou Touré, père de l’indépendance de la Guinée, mort le 26 mars 1984, après 26 ans de règne continue de diviser la société guinéenne. Si les uns l’apprécient et le considèrent d’ailleurs comme le meilleur chef d’Etat que le pays a connu, d’autres l’accuse d’avoir été à la base du retard de la Guinée du fait d’avoir «tuer un bon nombre d’intellectuels», dont Diallo Telli, 1er secrétaire général de l’OUA. A en croire les organisations des droits de l’Homme plus de 50 000 000 personnes ont péris au camp Boiro, sous le régime Sékou Toure.

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