Un ex-ministre burundais condamné à 2 ans avec sursis pour travail forcé

Un ex-ministre du Burundi et son épouse ont été condamnés lundi à deux ans de prison avec sursis et 70.000 euros de dommages et intérêts pour avoir exploité pendant 10 ans un compatriote à leur domicile de Ville-d’Avray (Hauts-de-Seine).

Le tribunal correctionnel de Nanterre a condamné Gabriel Mpozagara, ancien ministre de la Justice puis de l’Economie au Burundi, ainsi que son épouse Candide Mpozagara notamment pour «soumission à un travail forcé» et à des «conditions de travail et d’hébergement contraires à la dignité».

Le couple de septuagénaires, qui avaient clamé leur innocence à l’audience, vont «en toute hypothèse» faire appel, a indiqué leur avocate Dominique Naveau-Duchesne. «On fera ce qu’il faut pour que la vérité éclate», a-t-elle déclaré.

Methode Sindayigaya, un ancien cultivateur burundais de 39 ans, avait raconté à l’audience comment il avait été «réduit en esclavage» pendant 10 ans dans la maison du couple. Pendant 19 heures par jour, il faisait la lessive, le repassage, la cuisine, le ménage, le jardinage, et prenait soin d’un des fils du couple, qui souffre de handicap, avait-il narré.

Couchant près d’une chaudière au sous-sol, il se lavait «au robinet avec un seau», avait-il décrit, ajoutant qu’il vivait loin de sa famille et que ses employeurs lui avaient pris son passeport. «Je suis très content», a-t-il déclaré lundi après le délibéré, «la justice m’a entendu».

«Le tribunal a pris le mesure du dossier et de la gravité des faits», a estimé son avocat Alexandre Reynaud. «Le message est clair: quel que soit votre statut, votre position, il n’y a pas d’impunité».

Le tribunal correctionnel est cependant resté en deça des réquisitons du ministère public, qui avait demandé 3 ans dont un ferme, estimant que Methode Syndayigaya était «le serf de la maison et l’esclave à tout faire».

Ce couple avait déjà comparu en 2007 dans ce même tribunal: il avait été condamné mais relaxé ensuite en appel dans un dossier similaire qui concernait deux jeunes nièces venues du Burundi.

Ces dernières ont plaidé leur cause auprès de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) qui a condamné la France en octobre 2012 pour avoir failli dans sa lutte contre le travail forcé. En 2013, le parlement français a introduit dans le code pénal le travail forcé, la réduction en servitude et la réduction en esclavage.

Avec AFP

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